Le News, Revue de presse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ENTRETIEN. Abdelhakim Maouche, PDG du groupe public Imetal dont fait partie Sider, livre les détails du plan de relance du complexe d’El Hadjar et du partenariat algéro-émirati dans la sidérurgie.

Le Conseil des participations de l’État CPE a validé un nouveau plan de développement pour le complexe sidérurgique d’El Hadjar. En quoi consiste-t-il exactement ?

Le complexe d’El Hadjar a hérité d’une situation financière difficile. Le crédit contracté par le complexe est arrivé à échéance en mois de mars. Le CPE a accepté le rééchelonnement de cette dette (122 milliards de DA) sur 20 ans pour permettre à El Hadjar de faire face aux dépenses de fonctionnement de l’entreprise notamment pour l’achat des intrants tels que les coques, un combustible utilisé pour chauffer le haut fourneau.

Je rappelle que dès la reprise du complexe des mains d’ArcelorMittal, les autorités ont élaboré un plan de développement qui consistait dans une première phase à remettre en marche le haut fourneau. Un objectif atteint tant bien que mal. Sa capacité est actuellement de 800.000 tonnes par an. L’objectif étant d’atteindre un million de tonne.

Parmi les autres investissements réalisés il y a une aciérie. Mais on devait retourner au CPE pour avoir le financement nécessaire au lancement de la deuxième phase de développement. À ce moment précis, une question s’est fortement imposée. Faut-il maintenir le plan élaboré trois ans auparavant en 2015 ? Continuer à mettre le paquet sur le rond à béton alors que la marché connait une saturation ? Ou fallait-il s’orienter vers d’autres spécialités et s’adapter à la demande du marché, notamment l’industrie automobile et l’électroménager ?

Nous avons fait le choix de s’adapter, mais pour cela il faudra adapter le laminoir pour pouvoir fabriquer des bobines aussi fines pour les industries de l’automobile et de l’électroménager. À l’heure actuelle, on ne peut pas le faire. C’est dans ce cadre là qu’on a décidé de diriger une partie des investissements vers les laminoirs.

De l’autre côté, il y a l’aspect sécurisation qui est important. Nous avons décidé de refaire les centrales oxygène pour éviter les risques d’explosion.

Un deuxième volet a été discuté au CPE, il concerne l’énergie, électricité, eau et gaz. La wilaya d’Annaba a connu une détresse hydrique assez sévère l’été dernier, cela nous a amenés à réfléchir à l’option de l’eau brute des eaux usées de la ville et laisser les eaux des barrages aux foyers. Mais telles quelles sont collectées et traitées aujourd’hui, on ne pouvait pas utiliser les eaux usées. Ces eaux doivent être d’abord transformées en eaux industrielles, cela se passe par le dessalement. Nous avons envisagé donc dans ce plan de mettre en place des unités de dessalement. Un avant-projet a été présenté. On reviendra au CPE avec un dossier plus étayé. Mais je peux d’ores et déjà vous dire que cette station sera installée juste à côté de la station d’épuration de la ville d’Annaba.

Nous avons aussi pensé à une centrale électrique autonome qui va alimenter El Hadjar mais aussi tous les projets au niveau du centre du pays. Beaucoup d’investisseurs activent dans le secteur sidérurgique, d’autres s’y installent. La demande en électricité va certainement accroître. El Hadjar va utiliser cette énergie et vendre le surplus à la Sonelagaz.

Reste le gaz. Il faut savoir que la nouvelle société mixte (algéro-émiratie) utilise un nouveau processus pour fabriquer les tubes et d’autres produits. L’aciérie et le DRI fonctionnent avec du gaz naturel. Nous avons donc prévu de procéder un piquage qui va se faire sur la grosse conduite de gazoduc qui alimente l’Italie.

Le communiqué du Premier ministère évoque un partenariat entre l’Algérie et les Émiratis selon la règle 51/49. L’État a-t-il cédé une partie de ses parts dans le complexe d’El Hadjar ?

Le complexe El Hadjar apparient à 100% à l’État algérien. Rien n’a été cédé. Effectivement, il y a eu une confusion que nous tentons de dissiper. D’abord je dois préciser que ce partenariat se concrétisera à travers la création d’une société mixte qui n’a rien à voir avec le complexe d’El Hadjar. Cette société avait obtenu l’autorisation du CPE pour la construction d’un complexe à Berahal (30 km à l’ouest d’Annaba).

Créée en dehors d’El Hadjar, cette nouvelle société, qui se spécialisera entre autres dans la fabrication des tubes sans soudure, constituera sans nul doute et sans difficulté un concurrent pour l’unité tuberie d’El Hadjar qui s’appelle TSS et conduira à sa fermeture. Nous leur avons alors suggéré (NDLR : aux Émiratis) de créer la société avec nous pour développer la production d’El Hadjar et faire de nouveaux produits. Au départ l’offre a été rejetée avant d’être acceptée grâce à l’intransigeance des autorités algériennes.

Pour le montage de cette société, elle sera détenue à 49% par les Émiratis qui vont investir avec leur argent, 31% par le groupe Sider qui va contracter un crédit, l’unité de tuberie d’El Hadjar TSS sera partenaire à hauteur de 20%. Cette dernière investira en nature en mettant à disposition de la société mixte son terrain, la charpente etc.

Que va-telle fabriquer cette nouvelle société ?

Son activité rentre dans la catégorique transformation sidérurgique. Le complexe d’El Hadjar est par contre dans la catégorie production. La nouvelle société va fabriquer des tubes sans soudure. Ce nouveau procédé va nous permettre de gagner en termes de coût et de temps et nous rendra compétitif face à la concurrence des produits asiatiques.

Pour fabriquer ces tubes, il faut disposer de la matière première, or la capacité actuelle du haut fourneau ne pourra satisfaire les besoin de la société. Et puis, ce système du haut fourneau est dépassé, la société va travailler avec le procédé de DRI (Direct Reduced Iron) pour fabriquer tout ce qui est éponge de fer avec une capacité de 2 millions de tonnes. Cette matière sera utilisée dans les aciéries pour produire des profilés à chaud.

Le premier laminoir va fabriquer les produits dont l’épaisseur est inférieure à 80 mm (les laminés marchand). Le deuxième produira les poutrelles qui sont actuellement totalement importées alors que l’Algérie en consomme 400.000 à 500.000 tonnes par an. Donc, pour résumer on aura deux laminoirs. Une ligne de production de tubes sans soudure, et pour les alimenter il y aura une aciérie et un DRI.

Nous avons prévu aussi des coqueries, c’est l’unité qui fabrique le charbon nécessaire au haut fourneau, un produit qu’on importe. Sa production nous fera gagner 100 dollars la tonne. ArcelorMittal n’a jamais voulu rénover la coquerie du complexe d’El Hadjar. Cette société va utiliser ses réseaux dans l’export.

Le complexe d’El Hadjar a bénéficié de plusieurs plans de développement qui ont échoué. L’État a injecté des milliards mais les résultats n’ont pas atteint les objectifs escomptés. Certains experts ont évoqué l’option de la fermeture du complexe…

Nous ne sommes pas des politiciens mais des managers. Notre souci est de faire fonctionner l’entreprise dont on a la responsabilité. L’idée de faire un partenariat avec l’Indien Mittal Steel a été tout a fait correcte à l’époque. Le groupe avait une bonne réputation à l’étranger. On lui a fait confiance, on ne pouvait pas deviner ce qu’il avait derrière la tête. Nous avons assisté effectivement après à la dégradation des choses. À travers le monde, plusieurs complexes sidérurgiques du groupe indien ont fermé. Sider El Hadjar est le seul complexe qui a résisté. Heureusement que la décision a été prise à temps de récupérer ce complexe. Certains ont évoqué l’option de la fermeture. Le complexe emploie 5.000 personnes, toute une région dépend d’El Hadjar. Raser le complexe et construire un autre exige beaucoup d’argent.

C’est une décision courageuse de reprendre le complexe. Une reprise qui ne pouvait se faire sans dégâts. L’État a décidé de reprendre et faire les investissements nécessaires pour redémarrer le complexe. Le défi a été relevé grâce à l’adhésion des travailleurs. Ce qui explique la production de 800.000 tonnes, un seuil jamais été atteint par Mittal Steal qui exportait des semi-produits destinés au marché local.

Est-ce que le plan de développement a été fait en concertation avec les travailleurs du complexe sidérurgique ?

Nous avons nos canaux de communication. Les travailleurs sont représentés dans le Conseil d’administration. Ces derniers nous harcelaient d’ailleurs pour activer le plan de développement.

Le complexe d’El Hadjar est-il lésé sur le marché national ?

Le marché algérien est ouvert. Les entreprises qui utilisent le rond à béton font des appels d’offre auxquels participent des importateurs nationaux. Ces dernier proposent des produits étrangers en dinars. De notre côté, on essaye de répondre à tous les appels d’offres, en étant compétitifs. Mais certaines pratiques déloyales existent. Le complexe tente de les contourner. Certains traders indélicats peuvent proposer des produits nettement moins chers que les nôtres. Ils ont l’avantage de faire des achats sur le marché spot à l’international. Ils achètent des produits qui sont dans les stocks, attendent la période des soldes. Avec leur manne financière, ils constituent leurs propres stocks en Algérie. Ils l’écoulent doucement. Il y a des importateur qui ont dans leur stock plus de 20.000 tonne d’aciers. Ce qui n’est pas normal.

 

 

Source : TSA

Mercredi 18 avril 2018